Les soins dentaires devraient rester exclus de l'assurance de base


BERNE - La population suisse finance à elle seule près des deux tiers des coûts du système de santé. Les frais dentaires, qui peuvent rapidement creuser un trou dans le budget, ne font en principe pas partie des prestations obligatoires de l'assurance de base. Une extension du catalogue des prestations semble difficilement envisageable.

En 2024, les coûts du système de santé se sont élevés à 97 milliards de francs au total. Les ménages ont financé plus de 20% de ces coûts directement et plus de 40 % indirectement, principalement via le paiement de primes d'assurance-maladie. Les soins dentaires sont généralement entièrement à la charge des personnes concernées.

De plus, rares sont ceux qui peuvent se permettre de souscrire des assurances dentaires complémentaires qui coûtent cher et ne couvrent qu'une partie des frais de traitement. Outre les coûts des plombages habituels en cas de carie, les soins préventifs, comme l'extraction de dents de sagesse et les soins d'orthodontie (appareils dentaires pour enfants), sont fréquents.

Le coût de ces traitements s'élève rapidement à plusieurs milliers de francs. Un coût important pour les familles à revenus faibles ou moyens, qui renoncent parfois à des traitements nécessaires.


Lourde charge sur le budget

Pour cette raison, de nombreux Suisses se font depuis des années soigner les dents à l'étranger, par exemple en Hongrie. Les frais élevés en Suisse et une publicité particulièrement agressive de la part des cliniques dentaires étrangères situées près de la frontière alimentent ce "tourisme dentaire". La question de savoir si la qualité des soins est toujours garantie reste ouverte.

La question se pose donc de savoir s'il ne serait pas opportun d'inclure les soins dentaires dans le catalogue des prestations de l'assurance de base. "Les soins dentaires sont essentiels pour la santé et la médecine dentaire est l'un des piliers de notre système de santé", estime ainsi la conseillère nationale Katharina Prelicz-Huber (Vert-e-s/ZH).

Dans une initiative parlementaire déposée en décembre 2022, elle demande que l'assurance obligatoire prenne en charge certains coûts liés aux soins dentaires, notamment "les soins nécessaires découlant d'une maladie du système de la mastication" et "les soins préventifs visant à éviter des lésions dentaires (p. ex. des contrôles réguliers ou des soins d'hygiène dentaire)".

Pour elle, ces soins devront être financés solidairement, à savoir par des fonds fédéraux et non par une augmentation des primes d'assurance-maladie.

Difficilement réalisable

La Commission de la sécurité sociale et de la santé publique du Conseil national a toutefois recommandé par 16 voix contre 9 de ne pas donner suite à cette initiative.

Le conseiller aux Etats Erich Ettlin (Centre/OW) reconnaît que les frais dentaires pèsent lourdement sur la classe moyenne, en plus des primes d'assurance maladie. Membre du conseil d'administration de la caisse maladie CSS et de la commission de la sécurité sociale et de la santé publique du Conseil des Etats, il souligne toutefois que la classe moyenne inférieure bénéficie d'un allègement des frais de santé grâce à la réduction des primes.

"Une extension du catalogue des prestations de l'assurance de base dans ce domaine aurait sans doute du mal à passer", affirme M. Ettlin, interrogé par Keystone-ATS. Des voix poussent en effet dans le sens contraire, estimant qu'il faudrait plutôt réduire ce catalogue pour ne pas aggraver encore davantage la hausse des coûts de la santé.

Tout en assurant comprendre les difficultés des familles confrontées à des frais dentaires élevés, l'Obwaldien souligne qu'une telle mesure n'a guère de chances d'être acceptée sur le plan politique, car elle entraînerait une augmentation encore plus forte des primes d'assurance maladie pour tout le monde.

L'Office fédéral de la santé publique (OFSP) rappelle pour sa part que l'exclusion des traitements dentaires des prestations obligatoires de l'assurance maladie répond à la volonté du Parlement, qui a adopté la loi sur l'assurance maladie (LAMal).

L'Association des médecins-dentistes cantonaux de Suisse se montre elle aussi défavorable. Interrogé, son coprésident, Peter Suter, estime qu'il ne serait pas judicieux que la loi prenne en charge, aux frais de la collectivité, des traitements visant à extraire des dents pour des raisons esthétiques ou autres.

Le 23 août 2026. Source: Par Alexa Clemenz Berger, Keystone-ATS. Crédits photos: Adobe Stock, Pixabay ou Pharmanetis Sàrl (Creapharma.ch).

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