Désinformation et cancer du sein : des réponses aux idées reçues

Octobre rose


PARIS - Port du soutien-gorge, sels d'aluminium dans les déodorants, jeûne et sucre : l'oncologue Suzette Delaloge, présidente de l'institut national du cancer (Inca) français, répond, dans un entretien à l'AFP, à des interrogations et fausses informations sur le cancer du sein, à l'occasion de la campagne Octobre rose.


Les mammographies sont-elles plus dangereuses que bénéfiques ?
Les données actuelles montrent que si on fait une mammographie tous les deux ans pendant une quinzaine d'années [avec le dépistage organisé de 50 à 74 ans, ndlr], il existe un tout petit risque de cancer du sein qui serait lié à l'exposition aux rayons, de l'ordre d'une femme sur 10'000.
Mais ce risque est infiniment inférieur aux bénéfices, puisque la mammographie va diminuer de 20% le risque de mourir d'un cancer du sein.

Porter un soutien-gorge favorise-t-il l'apparition d'un cancer du sein ?
Non. C'est une idée qui a été partagée dans des médias il y a pas mal d'années, mais de nombreuses études ont montré le contraire. Il n'est pas dangereux de porter un soutien-gorge, quel que soit le type.

Les sels d'aluminium contenus dans les déodorants causent-ils des cancers ?
Nous avions des données biologiques qui montraient qu'il y avait des dépôts d'aluminium à l'intérieur des tumeurs du sein. Beaucoup d'études ont donc été menées depuis quinze ans et n'ont jamais montré une augmentation réelle du risque de cancer du sein avec les déodorants qui contiennent des sels d'aluminium. Néanmoins, la plupart des fabricants ont retiré l'alumine, par précaution, des déodorants.

Faut-il jeûner et arrêter de manger du sucre quand on a un cancer ?
Le jeûne ne traite pas le cancer et arrêter le sucre non plus. On sait qu'une alimentation très grasse et surtout très sucrée est une alimentation potentiellement favorable à la survenue d'un cancer. Mais une fois qu'on a un cancer, s'affamer ne sert à rien.
Et si un patient suit un jeûne, il faut faire très attention et il faut absolument que ce soit encadré médicalement. Le risque, c'est la dénutrition, qui concerne 30% des patients atteints de cancer. C'est quelque chose que l'on combat, car un patient dénutri va avoir davantage d'effets secondaires des traitements et un système immunitaire moins efficace pour tuer les cellules cancéreuses.

La chimiothérapie peut-elle tuer des patients ?
La chimiothérapie reste un traitement essentiel dans certains cancers. Quand on la propose, c'est qu'il y a vraiment un bénéfice très important.
Malheureusement, tout médicament a des risques d'effets secondaires. Chez des personnes particulièrement fragiles, certaines chimiothérapies peuvent avoir des effets secondaires létaux. Cela va représenter un peu moins de 1% des personnes avec des cancers très graves. Mais c'est quelque chose d'absolument exceptionnel.

Dans quels cas une personne atteinte d'un cancer doit-elle se méfier ?
Les personnes qui ont un cancer se trouvent dans une situation de vulnérabilité et énormément de personnes profitent de cette situation, notamment avec des approches commerciales. Les 'fake news', elles sont un peu partout, alors il faut rester prudent. Même les vitamines peuvent être dangereuses parce qu'elles peuvent s'opposer à l'action des traitements.
Il ne faut pas avoir peur de dire qu'il y a un certain nombre de soins de support qui aident beaucoup. Si c'est anodin, pas dangereux, qu'il n'y a pas de bon niveau de preuve, ce n'est pas grave. Par contre, pour certains, on sait que ça ne sert à rien, que ça va coûter de l'argent, que ça peut donner des effets secondaires en soi et plutôt aggraver la situation. Il faut vraiment ne pas oublier de discuter avec les professionnels de santé. Ils sont là pour ça.

Le 5 octobre 2026. Source: Par Chloé Rabs, AFP (via compte Pharmapro.ch et Medpro.ch chez Keystone-ATS). Crédits photos: Adobe Stock, Pixabay ou Pharmanetis Sàrl (Creapharma.ch).

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